"Réalité, réalité"

N'en déplaise à Hermann Hesse, théâtre pas seulement pour les fous, quoique... Le moment presse, on se l'est trop coulée douce, il n'est plus que temps de sonner le tocsin pour que nos pensées multiples puissent retrouver nos propres la. Autant vous prévenir : entre préhistoire et vraiehistoire, l'article "Réalité augmentée ou imagination diminuée ?" du 16 juin 2010  publié par le webmaster et websdesigner Alexis Raimbault sur son site professionnel www.cybermedium.info/ ne traite pas non plus pour moi du seul devenir de homo informaticus.

 

"Plus l'homme s'entoure d'objets-béquilles, plus ses capacités propres diminuent peu à peu. S'il est alors projeté dans un environnement sans support externe, il est perdu." Alexis Raimbault

Est-ce une critique des objets nomades ? Si c'est le cas, même dans son sens le plus générique, et sans nier que nous en sommes encore à leur préhistoire, et que forcément des applications pourront aider nos contemporains comme elles aident déjà, dans leur version prototypesque, certains aveugles ou que le sonotone a des vertus re-socialisantes, je suis d'accord avec le danger dépersonnalisant d'autres objets - ou quand l'objet remplace le sujet.

Depuis que notre société de consommation qui dans sa course effrénée, hébéphrénée même, a rejoint le courant follement aspirateur du trou noir de l'urgence, voilà que d'un paragraphe l'autre il m'apparaît déjà obsolète de mentionner le caractère dépersonnalisant de certains processus réduits à des processeurs. (Gageons d'ailleurs que derrière les crépuscules d'une natura dénaturée, on ne parlera plus de professeurs mais bien de processeurs : de mathématiques, de français, etc.)

Il n'est pas question ici d'une critique logicielle à l'égard de la majorité des informaticiens et autres communautés de programmeurs en veille de la réalité déjà menacée avant que d'être menaçante.

Je n'apprends rien à personne nous sommes dans une société aliénante, qui se veut étrangère à nous-mêmes alors même que l'on nous vend de l'ergonomie à qui mieux-mieux. Le pire est que ce paradoxe n'en est plus un. Ecartelés dans la contradiction qui fait de nous les êtres vivants d'aujourd'hui, les fast-foods des âmes ont remplacé l'absinthe qui se dessinait sur l'affiche de la "Fée Verte", autre nom de l'électricité il ya deux siècles - j'y étais j'avais 3 ans.

Avant c'était l'alcool et/ou autres drogues que l'on nommait "excitants" avant de parler de stupéfiants, aujourd'hui ce sont les ravages du virtuel qui ont remplacé les paradis artificiels. Baudelaire me disait encore il y a quelques jours : "Ils jouiront plus tard des fruits pourris de leur hygiène." Qui ça ? Eh ben nous. Tu parles ! Un mec dont le procès s'est terminé en 1958 pour des poèmes qui dénonçaient une pudeur tarée pour ses détracteurs - alors que le dessein premier de Charly le Fou (dixit Verlaine) était de rendre compte des agitations stériles de l'homme dans le mal - ne pouvait que nous laisser véritablement faiblissants et contents de l'être. Gloire à nous, "hygiénisés" (HFT) de partout.

Eh ben mon Charly, nous sommes aujourd'hui démons d'une toile où l'altérité se meurt. Suicide ? Assassinat ? Elle est où la pudeur today quand les milices sentimentales prennent en otage une rame de tram pour gueuler crescendo dans un théâtre-minute : "Je te quitte ! Tu entends ?" Elle est où la no-life : devant mon écran ou bien dans les transports (soi-disant) en commun ?

A ce jour nous n'avons plus rien à craindre de personne car l'autisme est devenu une valeur sociétale : socialisante et banalisée. Sous des chevelures, qui peut encore savoir si la femme en face de moi parle toute seule, dans un délire, ou bien parle, son oreille mordillée par son oreillette avec l'un(e) de ses (dis)semblables ?

La solitude ne saurait demeurer une maladie "honteuse" (slogan 68ard repris par HFT) ; il ne s'est pas passé beaucoup de temps pour que nous perdions pied dans la seulitude, une façon de consacrer l'isolement, la seule liberté qui nous restera bientôt entre deux clics aux chambres vides de nos barillets - mais bien réels cette fois-ci.

Julien Soulier le 24 juillet 2010, retouché le 12 août 2010, date du blog rendu actif.

 

"L’homme du futur sera « extériorisé » ou ne sera pas… "
Joël de Rosnay, 2020 les scénarios du futur, cité par Alexis Raimbault

Réponse : L'homme du futur sera extériorisé ET ne sera pas

"Extériorisé" ? En tout cas, ça n'en prend pas le chemin. Sans ma la jouer trop littéraire, Louis-Ferdinand Céline disait que le fruit de la jonction entre le dedans et le dehors était l'angoisse, pour moi - Julien Soulier, écrivain génial du 21e ardt de Paris s'il en existait un dans ma mémoire - au contraire c'est la jouissance.

OK, tout les objets informatiques, ou disons ergonomiques, électroniques, etc. nous confortent à aller dehors - mais ça revient à un autre dedans : la voiture est déjà un prolongement de notre salon et je gage à pile ou pile que 99 % des objets nomades ne font rien d'autre que d'asservir une population - mondiale - à une confusion rendue sciemment (in)consciente à nous prolonger non de nous-mêmes mais de notre télé ou de notre écran. Ce qui est déjà très bien !

Mais qu'on ne vienne pas me parler d'une séparation naturelle entre le dehors et le dedans : en tout cas pas de façon saine pour les gens. Je dois paraître terriblement radical ou pire encore : faire l'apanage des complotistes qui se masturbent en s'embourgeoisant - quand on n'a pas les moyens de dormir sous un pont...

Je voudrais juste dire que cette extériorité est une question sans cesse à redébattre, et que nos convictions (et non des certitudes) se doivent d'être martelées sous le marteau du forgeron. La notion peut bien sûr changer de sens selon les époques et je n'ai rien contre, par contre nous ne pouvons pas nous abstraire de nos propres opinions... Et pour moi, ce jeudi 12 août 2010 à 21 h 14, c'est tout vu, on nous vend de l'extérieur alors que l'intérieur n'est pas encore prêt, ni sollicité pour faire plus simple à ce que j'ose appeler une mutation : appeler les gens à devenir simplement extérieurs ne résoudra en rien leurs problèmes, équations, problématiques et j'en passe à se nourrir par eux-mêmes : de façon "spirituelle", et même organique.

Pour me résumer, je me méfie de ceux qui nous vendent de l'extérieur, alors que bien souvent ça n'est qu'un travestissement de l'intérieur.

Sans jouer les Cyber-Savonarole c'est à dire sans faire un bûcher de tous nos objets nomades ; Savonarole  ce curé qui prenait son pied à brûler sur la place publique - j'avais écrit "pubique" oh le joli lapsus ! sorry ma psy est en vacances - des tableaux jugés pornographiques, et autres représentations du nu sous l'Inquisition d'un berger malade - et même si la société de consommation nous a transplantés à l'ère de l'Acquisition et ce pour les plus chanceux depuis les années 1960 - je crois sincèrement et c'est d'ailleurs un lieu commun (sorry Gainsbourg est aussi en vacances) que nous n'avons besoin de peronne pour jauger et juger de ce qui nous est extérieur - ou bien alors les gens préfèrent se déprécier (en s'enfonçant dans une ignorance d'eux-mêmes - sorry mon taxidermiste est en congé maladie).

Tout ça pour dire qu'il reste une définition en l'état de l'extériorité à trouver - qui nous soit autant personnelle que mondiale. Mais on me prendra pas au jeu de l'équation dichotomique entre l'extérieur et l'intérieur qui serait d'ailleurs stérile - pour moi comme pour le monde (avec toute ma prétention possible) pour mes voisins ou pour les habitants de ma rue.

Julien Soulier 12 août 2010 à 22 h 05 retouché le 13 août 2010 à 00 h 25

Toutes réactions bienvenues. Ces coups de coeur sont voués à moyen terme à l'écriture d'un essai. Bien entendu, très attaché aux valeurs de la propriété intellectuelle, et si vos commentaires retenaient mon attention, qu'ils généraient ou non des dialogues, vous seriez toutes et tous cités, nommés et vos interventions datées, sur ce blog comme dans mon livre.

1 commentaire

Commentaires

1. Par le 3 septembre 2010 à 11h09

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