Laurent Contamin

La résidence d'écriture de Laurent Contamin au collège Jacques Monod de Beaumont-sur-Oise (95), dans le cadre du programme de résidences d'auteurs du Conseil Régional d'Ile-de-France touche à sa fin. Aussi l'auteur est heureux de vous inviter à...

- écouter Carnets de Campagne sur France Inter le mercredi 1er juin 2011 entre 12 h 30 et  12 h 45 ;

-venir à la présentation d'un certain nombre d'actions artistiques qui ont pris place cette année, au Collège Jacques Monod, le vendredi 27 mai 2011, de 17 h à 19 h : lecture publique de Voix d'Eau, un poème dramatique écrit avec une classe de 4ème (et qui sera représentée par ailleurs le samedi 4 juin 2011 après-midi à la Fondation Royaumont), mise en lecture dirigée par Olivier David, de la Compagnie Fond de Scène ; l'écoute en avant-première de A Vau-l'Eau, un atelier de création radiophonique produit pour France Culture et enregistré avec la collaboration d'une classe de 6ème, une exposition d'objets poétiques, des brigades d'intervention poétique... le tout dans le cadre de A Vous de Lire. Tous les renseignements : cliquer ici ;
- écouter A Vau l'Eau, le dimanche 26 juin 2011 de 23 h à minuit sur France Culture, dans le cadre de l'Atelier de Création Radiophonique (podcastable sur le site la semaine qui suit l'écoute). Tous les renseignements : cliquer ici ;
- une trace écrite de la résidence, en visitant le blog dédié : cliquer ici ;

- une vidéo présentant la résidence : cliquer ici.

Le poème « Haiphong », que j'aime beaucoup, est issu de Carnets extimes de Laurent Contamin, Editions Eclats d'encre (janvier 2010) :

 

Entretien avec Laurent Contamin

 

Julien Soulier : Est-ce ton tout premier recueil de poèmes ? Depuis combien de temps en écris-tu ? Je te pose la question parce que l’on sent à bien des égards que tu n’es pas débutant en la matière.

Laurent Contamin : Oui et non : d’une part parce que j’avais déjà publié des poésies dans différentes revues (Pyro, Triages, Voix d’Encre…), d’autre part parce que je considère que le recueil Brèches, édité par Eclats d’Encre, en 2001, n’était pas à proprement parler un recueil de nouvelles, mais que certains des textes (je pense à « Sur lui qu’un souffle passe », par exemple, le deuxième texte, ou « Non-lieu », le quatrième) étaient des textes en prose, à la frontière du poétique, davantage que des nouvelles (au sens de « short stories » en anglais). Enfin, j’en écris assez régulièrement, depuis une dizaine d’années, « pour moi », c’est-à-dire que j’accumule des petits carnets, des cahiers, avec des petits textes poétiques. Aussi, dans Carnets extimes, certains des poèmes ont été écrits il y a une dizaine d’années, d’autres beaucoup plus récemment.

J.S. : Moi qui suis en train de faire le contraire, comment un auteur de théâtre passe-t-il à la poésie ?

L.C. : C’est vrai que j’écris beaucoup pour le théâtre, mais en fait je n’ai pas le sentiment d’être « passé du théâtre à la poésie », pour reprendre ton expression : j’aime bien écrire « à cheval », entre les cases, tailler des brèches (d’où le titre de mon premier recueil) entre les genres…

Dans certains de mes textes de théâtre, il y a des monologues qui sont des poésies. (C’est évident dans Dédicace, dans Sténopé, par exemple ; dans A la Poursuite du Vent aussi, qui est pourtant une pièce pour deux artistes de cirque : à certains moments du spectacle, elles montent sur leurs agrès jusqu’à un micro pour dire mes poèmes.) Il n’y a pas de différence, c’est ce que j’aimerais croire en tout cas : tout ça (théâtre, cirque, marionnette, nouvelle, radio, poésie…) c’est de la parole, à la fois écrite et oralisable : quelqu’un dit quelque chose à quelqu’un, et utilise des mots pour ce faire…

J.S. : Pour en revenir à la poésie, t’apporte-t-elle des choses que tu ne trouvais pas dans le théâtre et si oui, quoi donc ? Par exemple, la narration est-elle tout autre ? Paradoxalement, peux-tu témoigner de plus de liberté ?

L.C. : Merci pour cette question qui me permet de tempérer un peu ce que je viens de dire à la deuxième question : oui, une des raisons pour lesquelles j’aime la poésie est tout de même qu’elle est une parole plus « sourde » que la parole de théâtre. C’est une parole moins partageable, moins collective que la parole théâtrale qui, par définition, « fait communauté » dans une écoute commune. Le texte poétique se reçoit de manière plus individuelle, plus ténue, plus silencieuse… La poésie peut ne pas être « adressée » à un spectateur.

Enfin, et surtout, il y a plus de liberté pour moi dans l’écriture poétique parce qu’elle est moins soumise à la nécessité de la fable qui est tout de même l’un des axes sructurant la dramaturgie. Je dirais, pour résumer, que la parole poétique est une parole plus « improbable », plus incertaine, qui doute davantage d’elle-même, qui tâtonne davantage, qui se cherche elle-même…

Le théâtre est peu ou prou un art du dévoilement par le langage. La poésie me permet de m’affranchir de cette injonction de dévoilement.

Je dois dire que le fait de travailler aussi pas mal pour la radio (une dizaine de fictions radiophoniques pour France Culture, France Inter et la RTBF) m’a permis d’approcher cette écriture « non projetée », à fleur de micro, et qui par ailleurs ne s’appuie pas, comme ça peut être le cas au théâtre, sur une visualisation scénique.

J.S. : Peux-tu nous parler des créations sonores de Pierre-Eric Sütter et de Sophie Barki qui t’ont respectivement inspiré « Escales » et « Trêves » ? As-tu pu les rencontrer ou recevoir leur avis sur tes textes ?

L.C. : C’était des projets que nous avions il y a quelques années… Nous étions amis lors de nos années d’étudiants, nous rêvions pas mal… Pierre-Eric m’avait donné quelques musiques, il composait avec de l’électronique et de l’informatique, il voulait être musicien à l’époque, et il fallait que j’écrive des textes avec ça. C’était plutôt des ambiances, pas du tout des mélodies sur lesquelles je devais imaginer un texte, non non. Vraiment des ambiances. L’une m’a évoqué le Sahara, une autre l’Irlande, etc., bref les différents textes qui, au final, composent « Escales ». Et puis le projet initial (éditer un CD avec mes textes et ses musiques) n’a pas été plus loin, Pierre-Eric a changé de métier (enfin il a fait un « vrai » métier), mais enfin il reste tout de même ces quelques textes que j’ai repris quelques années plus tard quand il a été question d’une publication.

Quant à Sophie Barki, elle est toujours peintre, elle fait des choses magnifiques, et elle m’avait demandé d’écrire des textes qu’elle avait épinglés en regard de ses toiles lors d’une exposition, comme des petits cartels en contrepoint des tableaux. C’était des tableaux assez symboliques, avec de la feuille d’or et de la couleur. J’ai essayé à l’époque de « rencontrer » ces motifs non pas en les déchiffrant ou en les décryptant, mais tout de même en les interprétant un peu, ou en tout cas en y mettant un point de vue.

Je leur ai donné le recueil, bien sûr, oui.

Mais bon, comment dire, c’était il y a quinze ou vingt ans, maintenant, tout ça… Chacun a suivi sa trajectoire depuis. La publication de Carnets extimes n’a pas donné lieu au lancement d’un nouveau « grand projet » à trois. C’est peut-être dommage, d’ailleurs.

J.S. : Lesdites créations sonores te donnent-elles envie d’écrire (un jour) pour des musiciens et si oui, dans quelle veine ?

L.C. : Oui, j’aimerais beaucoup écrire pour des musiciens. Je me rends compte qu’il y a deux champs d’écriture que je n’ai jamais expérimentés : le champ musical et le champ scénaristique.

Pour ce qui est de la musique, je suis très éclectique : cela m’intéresserait beaucoup de travailler comme Olivier Cadiot peut travailler avec Pascal Dusapin par exemple, aller vers le livret d’opéra, tresser ensemble une parole avec nos deux langages, pour la scène. Mais j’aime aussi l’idée de me dégager de la fable, du récit, de l’histoire, et d’aller vers des formats « chansons » de cinq minutes. Quelle veine ? On ne peut pas ne pas citer Bashung, bien sûr. Mais j’aime aussi beaucoup des gens comme Brel, Barbara, Charlélie Couture, Dominique A… Et en anglais, Nick Drake et Depeche Mode écrivent des textes assez fulgurants, je trouve. J’aime moins les « orfèvres » de la langue comme Vian, Lapointe, Brassens, Gainsbourg. Bizarrement, je n’ai jamais été sensible à leur extrême maîtrise de la langue. De toute façon, la maîtrise, globalement, ça me laisse froid.

J.S. : Comptes-tu écrire à nouveau des poèmes ou te diriges-tu vers une autre forme d’écriture, et laquelle ?

L.C. : Oui. J’en écris un peu tout le temps. C’est aussi un échauffement pour moi, comme les mots croisés…

Actuellement je suis en résidence dans un collège (http://remue.net/spip.php?rubrique347) pour établir l’écriture d’une sorte de long poème, d’élégie, entre poésie et théâtre justement.

Ensuite, je crois que je me tournerai vers un projet de roman qui me titille depuis cinq ans et pour lequel je n’ai toujours pas pris le temps d’immersion nécessaire.

J.S. : Peux-tu me faire une petite biographie de ta vie d’auteur, sous la forme que tu veux ?

L.C. : Ce n’est pas pour me défiler, mais le plus simple est de cliquer ici : http://www.laurent-contamin.net/page.php?art=77.

J.S. : Quelles sont tes actualités littéraires ?

L.C. : Début 2011, une publication (Lisolo, chez Lansman) et une diffusion radio (Babel ma belle sur France Culture). Je travaille beaucoup sur l’eau cette saison, dans le cadre de ma résidence, et cela donnera lieu à un spectacle à la fin de l’année sur le Val d’Oise, une pièce sonore pour l’Atelier de Création radiophonique de France Culture, et, je l’espère, à une publication. Sinon, pas mal d’ateliers d’écriture, de théâtre : en Région parisienne, dans le Poitou, et en Alsace (à Sélestat).

Il devrait y avoir aussi deux créations à l’automne 2011 de certains de mes textes : Devenir le ciel dans le Val-de-Marne, Lisolo dans le Val d’Oise. C’est curieux, la plupart de mes textes se créent d’abord dans la banlieue parisienne. Ma parole reste périphérique, à la marge. Mais ça me va bien, d’écrire comme ça, « par la bande », « à côté », « à la marge ». J’aime assez prendre la tangente…

Vendredi 3 décembre 2010 

Ici le poème « Highlands », toujours issu de Carnets extimes :

 

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