Extraits personnels et d'autres

 

Participation personnelle entre théâtre et nouvelle à Arcanes Pronoms personnels (ACA, janvier 2011) avec le texte "Addictions". Les photographies présentes dans ce livre proviennent exclusivement du Studio Yves Lecoq. La conception graphique  d'origine a été réalisée par Claudine Chapuy. Cet ouvrage (qui contient un CD-Rom) est une restitution de l'atelier d'écriture sur les nouvelles écritures de la scène dirigé par Emmanuel Adely. L'initiateur, l'administrateur  de l'atelier ainsi que le concepteur éditorial est Denis Lecoq, Responsable du département Spectacle Vivant.  Encore un grand merci à eux.

 

 

 

 

 

 

 

Participation de Jacques Koeberlé avec le texte "J'ai tué dieu je l'ai fait pour toi", issu du même opus.

 

 

 

 

 

 

Entretien avec Jacques Koeberlé 

 

Julien Soulier : Alors que tu écris d’habitude sous forme théâtrale dite classique (dialogues), qu’est-ce qui t’a poussé sinon les règles du jeu de cet atelier à écrire des monologues ?

 Jacques Koeberlé : Je m'étais déjà par le passé essayé à la nouvelle, car c'est bien d'une nouvelle dont il s'agit avec « J’ai tué dieu et je l'ai fait pour toi ». J'avais besoin d'une confirmation, sinon d'une affirmation de mes capacités à aborder cette forme d'écriture. Je l'ai eue dans le cadre de cet atelier dirigé par Emmanuel Adely.

 J.S. : Mais via cet art du monologue, es-tu entré dans une nouvelle appréhension de l’écriture, ou n’était-ce qu’une parenthèse pour en revenir aux dialogues ?

J.K. : Je ne suis dans l'appréhension de rien, toute forme d'écriture a sa richesse et ses contraintes. On peut être plus ou moins attaché à une forme ou à une autre mais comme mes écrits ne sont lus que par mes proches, je ne suis ni dans la performance ni dans la commande. La forme théâtrale demande une énergie, une rapidité d'effet sous une forme vraiment dénudée alors que la nouvelle joue au contraire sur une lenteur composée.

J.S. : Ce passage entre dialogues et monologues dans ton parcours est-il pour toi dialectique, autrement dit s’agit-il d’une respiration trouvée entre une forme et une autre ?

J.K. : C'est dans une de mes lectures que j'ai trouvé cette forme d'écriture. Elle me plaît pour casser le rythme de la lenteur par justement cette énergie du dialogue.

J.S. : Dans ce texte, le lecteur est plongé dans l’univers d’un hôpital psychiatrique. En quoi ce thème t’est-il (si) cher ?

J.K. : Par son austérité, son coté aseptique, son coté mystérieux, l'hôpital psychiatrique fascine. L'hôpital déjà est un lieu de perdition, et psychiatrique, c'est… encore plus énigmatique. C'est un lieu que je connais par la réticence que j'ai à vouloir le fréquenter, la hantise de m'y retrouver. Je me suis fait violence, j'ai combattu mes peurs à écrire cette nouvelle. 

J.S. : Femme et folie sont deux noms féminins, d’accord, mais qu’est-ce qui t’a décidé à écrire sur la folie exclusivement féminine ? Par « joie » de l’exercice ou est-ce pour des raisons plus profondes dans ton parcours d’écrivain ?

J.K. : Je me sens plus à l'aise en reprenant mon parcours d'écriture dans l'incarnation féminine. Elles me parlent, je les entends, je les écris. La folie masculine, je la vois dans la force et la violence, alors que celle des femmes, c'est un autre registre, plus vil, plus feutré, plus sournois.

J.S. : Quels sont tes autres sujets de prédilection ?

J.K. : J'ai toujours privilégié les rapports humains, le coté intimiste, le parlé vrai dans mes textes. De là découle ma « facilité » pour la forme théâtrale.

J.S. : Depuis combien de temps écris-tu et comment as-tu commencé ? Sous quelle(s) forme(s) et pourquoi celle(s)-là ?

J.K. : J'ai, comme beaucoup, commencé par un journal semi-scolaire alors que j’étais ado. Puis des discours pour des rassemblements familiaux, puis des saynètes pour ces mêmes manifestations. Ensuite sont apparus des vers, sur des sujets variés, puis l'intérêt du théâtre s'est manifesté. Mon premier pas vers l'écriture, c'est à l'ACA, avec Graham Smith en 2004 que je l'ai fait. Il m'a mis en confiance. J'ai franchi le pas de la bulle d'idées en une histoire qui tient la route, mon premier vrai écrit est la pièce : Pas comme d'habitude.

 J.S. : Serais-tu intéressé par d’autres formats, tels que le roman ou le poème, par exemple ?

J.K. : Le poème, je connais un peu, je m'y suis frotté et je le fais encore quand je n'ai pas de projet en cours. Le roman, c'est autre chose. Je lis tellement de bouquins remplis de niaiseries que je ne voudrais pas tomber dans ce travers. Quand j'aurai la trame d'une histoire qui tient la route, peut-être me lancerai-je. Ce n'est pas une question d'appréhension, mais plutôt de sujet. A choisir, le policier serait certainement le genre que je privilégierais.

J.S. : Vois-tu une continuité dans ton travail à écrire sous différents formats ?

J.K. : J'en reviens au rythme. C'est lui qui va favoriser telle ou telle forme d'écriture.

J.S. : Et in fine, qu'est-ce qu'écrire te rapporte ou change à ta vie ?

J.K. : Je ne me souviens plus qui a écrit cette aphorisme mais j'en fais usage depuis des années : "Ecrire, c'est une vraie façon de s'exprimer, de se soigner, de s'amuser."

J.S. : Je suis moi-même grand amateur d'aphorismes mais pour la circonstance, ça ne t'ennuie pas de développer ?

J.K. : J'aborde l'écriture des trois manières : peut-être aujourd'hui plus de l'une, et moins d'une autre, mais c'est le trio gagnant. Je n'arriverai pas à scinder l'une des autres, c'est un tout. S'exprimer : vouloir partager un point de vue, donner un avis. Se soigner : chacun de nous a ses lubies, ses fantasmes et ses phobies. S'amuser : je crée certains personnages alors que d'autres s'incarnent et vivent par eux-mêmes.

J.S. : Tu es également metteur en scène de la Compagnie alsacienne Le Théâtre du Miroir…

J.K. : Je ne suis régisseur que dans une certaine mesure. L'auteur des pièces qui sont jouées est un de mes amis ; il est également acteur. Nous appréciant par le truchement de son métier et moi du mien (il est vendeur, je suis acheteur), il aime mon regard sur la scène, mon approche du théâtre, certainement par ma proximité à l'écriture et mes connaissances théâtrales. Un jour, ne pouvant plus allier la mise en scène et le jeu d'acteur, il m'a appelé. Depuis ont défilé quatre années de collaboration étroite où se mêlent d’une part mes conseils d'écriture, quelques idées lorsqu'il compose sa pièce, et d'autre part son regard d'écrivain quand je dirige les acteurs ; un partenariat en quelque sorte qui sur fond d'amitié franche s'équilibre sur les planches.

J.S. : La mise en scène est-elle complémentaire pour toi de ta façon d’écrire ?

J.K. : Pas complémentaire, mais je me suis rendu compte que cela m'aidait. Je porte un autre regard, ou plutôt un regard plus aiguisé, plus attentif sur la mise en scène quand j'écris.

J.S. : Quelles sont tes différentes actualités ?

J.K. : Je n'ai pas d'actualité (en écriture) à part suivre depuis janvier et jusqu’en juin l’atelier d'écriture animé par le dramaturge Gabriel de Richaud, organisé par les Taps à Strasbourg. Je me sens beaucoup plus de richesse dans l'expérience d'un atelier d'un ou deux ans auparavant où nous partagions notre progression d'écriture en un cercle restreint où la confiance, la franchise sur le texte de l'autre était de mise. Ce cercle existe toujours, mais sans atelier, on manque de motivation. Nous avons chacun notre vie à mener, et l'écriture se perd un peu dans tout ça sans la contrainte d'un atelier.

Vendredi 11 février 2011

Téléchargez l'article paru dans L'Alsace le 20 février 2011  à propos des actualités de la Cie du Théâtre du Miroir : http://www.lalsace.fr/bas-rhin/2011/02/17/theatre-les-reflets-et-les-surprises-du-miroir?image=A5F235B9-B2D7-4123-AF23-C609467FA380#galery.

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