
Cold Wave • Indie • New wave
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Factotum Records
02/05/2011, Didier BECU
Julien Soulier & Vincent Fallacara – Rapsodies Emosexuelles | ObskureMag
Posté par Sylvaïn Nicolino dans Albums, Chroniques
Label : Factotum Records
07 avr 11
La poésie se vend peu en France. Des livres souvent chers et en tirage limité ; le préjugé qui laisse croire que c’est une pratique réservée à une élite ; la peur de ne pas comprendre. Face à cet état de fait, les poètes se lancent à l’assaut du monde musical ; Serge Teyssot-Gay reprend Georges Hyvernaud, Antoine Volodine s’associe à Denis Frajerman, Christophe Manon se lie avec motif-r et yod…
Julien Soulier a publié un recueil aux Éditions Éclats d’encre, « Encore des Crépuscules ». Fan de musique, il rencontre avec Vincent Fallacara un fan de littérature contemporaine. Vincent, sorti de son projet Torso, apporte son savoir à ces textes sombres et beaux, « où le spleen fait ses gammes ». On ne peut s’empêcher de voir le lien profond qui se crée entre l’univers de Vincent et celui de Julien. Le risque était donc grand de ne trouver en cette collaboration qu’un Torso affaibli. La voix de Julien est un peu moins démonstrative, joue moins sur la sensualité et Vincent apporte son soutien par des reprises de mots et de slogans. Tessiture morne, monolithique, lente, certes, mais clairement humaine et profondément émotive. La musique se fait moins rock, instaurant des climats, des brouillards synthético-coldwave, appuyant de ses rythmes la diction. Les guitares aériennes flottent au-dessus des mélodies lourdes, souterraines (« Saint Valentin 2010 »). Sur ces nuages acides, la voix se pose gravement, échappant de son côté au spoken word incontrôlé. Ce cadre rigoureux appuie sur chaque mot, l’inscrit dans une démarche, une analyse cathartique, un partage. Les variations dans les arrangements, les murmures captés au plus proche du souffle asthmatique (« Mélancomane ») donnent une énergie incroyable à ces textes jetant un regard dépressif sur l’homme. On ne sort pas déprimé de cette écoute, pas plus que de celle d’un Shurik’n sur « Où je vis » (« Dans la Peau d’un Homme »).
Ce « Rapsodies Émosexuelles » est un disque qui dilate l’écriture au point qu’on peut se demander si on lira les textes de Julien Soulier sur du papier… « Grammaire de l’Être », par son analyse du fait poétique nous y pousse. Quant à Vincent, ce retour à la voix comme instrument premier, hors du recours au refrain trop marqué, le pousse dans une zone de danger et d’innovation plus qu’intéressante.
Redevenons terre à terre : le CD ne coûte que six euros sur le site du label où l’album est en écoute intégrale.
Note : 80 %



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